Portraits de paroissiens : Katherine Jimenez

Dans cette rubrique, nous vous proposons de découvrir les personnes qui apportent une contribution à notre communauté.

Interview de Katherine Jimenez : de l’international au ministère à venir, son parcours inspirant à la paroisse de l’EPUBB

Connaissez-vous Katherine Jimenez paroissienne et locataire du studio du temple rue du Château ?  Certains répondront spontanément : « oui bien sûr ! », d’autres diront qu’elle est « notre stagiaire pasteur », ou que c’est l’étudiante qui s’occupe du groupe de jeunes, ou encore qu’elle est bénévole à l’Entraide. D’autres la connaissent de vue et savent qu’elle rend des services à la paroisse.

 

Alors, Katherine qui êtes-vous et quel engagement avez-vous au sein de la paroisse ?

Katherine : Je m’appelle Katherine Alejandra Jimenez. J’ai 34 ans et je suis colombienne. Je vis en France depuis 9 ans. Je suis issue d’une famille nombreuse qui vit en Colombie, à l’exception de ma sœur et mon beau-frère qui résident à Paris depuis 5 ans avec leur enfant de 10 mois.

Je suis logée dans le studio du temple, au sein de la paroisse EPU de Boulogne. Je suis là depuis 2022. Mon séjour ici fait partie de mon service et de mes études. Je suis logée en tant qu’étudiante et non pas en tant que stagiaire pasteur, ce qui est une distinction importante. Ce choix de vivre au rythme d’une paroisse vient de moi. Être stagiaire pasteur, c’est une décision qui est prise par la commission de l’Eglise Protestante Unie de France (EPUF) qui envoie les étudiants dans les paroisses. Mais ce n’est pas mon cas.  Je suis actuellement en Master 1à l’Institut Protestant de Théologie (IPT), un moment pour apprendre et se poser des questions, vivre des séminaires en lien avec mon mémoire.

 

Qu’entendez-vous par séminaire ?

A l’IPT il existe 3 types de séminaires : « l’œcuménisme », « Eglise et Société », « La Recherche ». Ils abordent des thèmes importants dans le domaine de la théologie et des relations interconfessionnelles. Le séminaire « Eglise et société » est destiné à ceux qui souhaitent devenir pasteurs. Il est possible de suivre des séminaires dans différents instituts de théologie ou d’autres institutions comme le collège de France, l’Institut Catholique, l’Institut Orthodoxe. Cela permet de suivre une formation aux côtés de personnes de confessions différentes. Le séminaire choisi doit être en lien avec le thème de mon mémoire. Le stage en paroisse commence en master 2, une étape que je vivrai l’année prochaine.

 

Quel a été le déclencheur dans votre choix professionnel ?

Avant de venir en France, je faisais des études de commerce international en Colombie. Je suis arrivée en France en tant que fille au pair pour étudier le français pendant 2 ans, puis j’ai décidé de rester pour terminer mon master en commerce. J’ai étudié à l’université de Bayonne pendant 6 mois dans un programme en français et en espagnol. J’ai réalisé en plein confinement un stage en région Parisienne, dans une entreprise bien connue à l’international, dans le domaine de la SUPPLY CHAIN et de la distribution à l’échelle mondiale.

Au sortir de ce stage, l’entreprise m’a proposé un CDI. J’avais une semaine pour réfléchir. J’ai commencé à me poser des questions sur mon avenir, en priant et en participant à des études bibliques. De là est née l’idée de m’orienter vers la théologie. Plus jeune, j’étais déjà intéressée par ce domaine mais en Colombie les femmes ne peuvent s’y orienter que pour faire de la recherche ou enseigner – pas comme ici en France, pour devenir pasteur. J’ai prié et j’ai demandé à Dieu du discernement. C’était une période charnière car c’est durant la semaine où je devais me prononcer pour mon CDI que j’ai effectué des recherches sur des instituts de théologie. De confession catholique, je me suis tout naturellement adressée à des instituts catholiques. Ils m’ont orientée vers l’IPT et l’institut orthodoxe. J’ai été acceptée dans les deux mais j’ai choisi l’IPT, où on m’a expliqué que ce n’était pas un cours biblique traditionnel mais un enseignement destiné à bousculer ma foi, ma connaissance et mes traditions. C’est bien ce que je cherchais. J’ai donc refusé le CDI pour commencer une Licence en théologie.

 

Pourquoi le choix de l’EPU Boulogne ? 

Pendant mes études, je gardais des enfants la nuit et j’étudiais le jour, mais ce n’était pas idéal pour un étudiant. L’IPT aide financièrement les étudiants et peut les aider à trouver un logement. C’est un professeur de l’IPT qui m’a donné le contact de la paroisse de Boulogne et m’a expliqué le principe de rendre des services à la paroisse.

 

Quels services rendez-vous ?

Je veille à la sécurité du temple, vérifie que tout est bien fermé, éteins la lumière et sors les poubelles. La plupart du temps, personne ne sait qu’un étudiant vit sur place.

Ce n’est pas dans mon contrat de m’engager dans des activités en lien avec la pasteure. C’est moi qui ai proposé mes services. Je contribue à l’animation du groupe de jeunes et à l’organisation d’activités pour ce groupe. J’ai aussi voulu m’engager dans l’entraide. J’avais envie de servir à l’entraide. Un dimanche par mois et parfois 2. J’en tire un réel bénéfice tout en étant logée moins cher, car l’idée du service à l’autre est importante pour moi.

 

Avez-vous eu l’occasion de diriger des cultes ? Si oui, comment cela s’est-il passé ?

J’ai animé un culte l’été dernier. C’était agréable car tout le monde me connait. Certaines personnes ont pris le temps de me donner des retours pour que je puisse m’améliorer, ce qui est très précieux. C’était une belle expérience. Ce que   je vis au temple est vraiment enrichissant. Les moments de partage, de rencontre avec des personnes aux caractères divers, contribuent à la formation de la communauté et de l’amour aussi.

 

Pouvez-vous nous parler d’une expérience marquante que vous avez vécue au sein de la communauté ?

Je m’arrêterais plutôt sur le travail collaboratif dans une petite paroisse. Il y a des personnes qui sont toujours présentes au temple et qui s’engagent pleinement, comme les bénévoles retraités qui aident à installer et préparer les repas pour les personnes en situation de précarité. Ils arrivent tôt, malgré leurs difficultés physiques, et servent avec amour, allant jusqu’à préparer le culte et servir avant, pendant et après. C’est vraiment incroyable. Quand je suis fatiguée, cela m’encourage de les voir et je me dis « Whaouu ». Cela montre l’exemple et me pousse à persévérer. Parfois, nous, les jeunes nous sommes très paresseux ; nous manquons de motivation. Et ces bénévoles plus âgés nous montrent l’importance de l’engagement.

 

Qu’est-ce que cette expérience a changé pour vous ?

Je ne viens pas de l’église protestante mais je découvre ce monde à travers mes études et mon service au temple. Ma conversion vers l’EPUF est un processus profond, notamment en découvrant que les femmes peuvent devenir pasteures. Helena, notre pasteure, est un miroir pour moi. Elle m’a permis de comprendre la complexité du travail de pastoral, qui va bien au-delà de la prédication du dimanche. Un pasteur jongle avec sa vie de famille, ses rendez-vous, les baptêmes, les mariages…Un autre grand exemple c’est Laurence :  s’il y a des choses difficiles à gérer sur place, c’est mon interlocutrice. Ce que j’ai appris m’accompagne dans mon parcours.

Je suis très reconnaissante de pouvoir vivre au sein d’une église de DON . C’est une belle expérience de côtoyer une grande diversité de personnalités et de caractères. C’est ma formation personnelle de futur pasteur. L’amour inconditionnel, l’AGAPE, c’est aimer la personne telle qu’elle est, sans condition. Dieu nous demande d’aimer les autres comme ils sont, et c’est l’un des défis les plus difficiles. C’est une expérience que de faire tomber les murs pour vraiment aimer l’autre. C’est cela qui me motive dans mon service, et c’est ce que j’espère pouvoir transmettre un jour en tant que pasteure.

 

Propos recueillis par Danielle Popovic

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